La tourne de l’église de Vallorcine

 

 La vision de l’église de Vallorcine protégée par sa tourne est saisissante.

Elle est seule face à l’adversité, face aux avalanches,  et  on éprouve de la crainte pour elle.

Depuis toujours,  elle est édifiée à cet emplacement et depuis toujours elle est protégée par une tourne…

Une tourne, turne en patois vallorcin,  est  une digue en forme d’étrave  dressée en amont d’un bâtiment pour  le protéger.

Si à Chamonix on parle d’une tourne, attention à Vallorcine on parle d’une turne.

En 1272  ici fut construite une église, détruite 16 ans plus tard,  probablement par une avalanche. Puis  reconstruite dans la foulée et inaugurée le 8 juin 1288. On sait peu de choses de cette église médiévale sinon qu’elle était  protégée par une tourne en bois.

Le 1er  mars 1594 la nef et une maison furent détruites par une avalanche.

Le 5 mars 1674 le hameau du Siseray  proche, situé à environ 300m fut  totalement enseveli.

Le 20 février 1720 la chapelle dans la tourne fut  soufflée, le cimetière autour de l’église endommagé.

La turne n’était pas assez haute pour protéger l’ensemble.

Sur la mappe sarde de 1733 on distingue clairement l’église protégée par sa  tourne. Cette église ancienne est dans le sens ouest -est (donc contraire à l’église  actuelle) et dans les bras  de la tourne  on distingue clairement une  chapelle la chapelle de la confrérie du saint Esprit .

Mappe sarde 1733 . Copyright Archives départementales

 L’église  étant devenue vétuste, les Vallorcins désirèrent la reconstruire. Que de palabres entre eux ! Et oui…  Ceux du haut de la vallée souhaitaient  une église plus sécurisée et plus proche de  leurs lieux d’habitations, et  ceux du bas voulaient  la maintenir au même endroit. C’est le curé,  le curé Cruz,  qui   parvint finalement  à convaincre ses paroissiens de maintenir l’église dans son lieu d’origine.

 Mais avant tout, on se devait de reconstruite la « turne ».

On la voulait  bien , plus résistante, plus forte, plus large que la précédente.. Un projet titanesque pour l’époque !

Les travaux  furent engagés en 1720. Il fallut deux ans aux Vallorcins et une volonté d’airain  pour l’édifier. Ils donnèrent 4500 journées de travail  pour la construire. Durant l’été,  les bonnes pierres étaient repérées dans les éboulis, pierres  que l’on faisait glisser sur la neige en fin d’hiver. Le sable nécessaire était porté le soir après les travaux des champs. La chaux, indispensable pour lier l’ensemble provenait d’un four situé aux Jeurs (en Suisse), elle  fut acheminée en un jour au moyen de hottes.

Mais quel travail ! Quelle volonté ! Quelle réalisation !

Cette tourne se montra efficace car en 1803 l’avalanche évita  l’église alors qu’elle s’étendit dans toute la pente environnante.

En 1843 l’avalanche détruisit le haut du  clocher et endommagea le presbytère, le chœur et la nef furent épargnés. La turne a joué son rôle ! On la renforça  en 1863, puis en 1954. Désormais on l’entretient avec beaucoup d’attention. Encore en 1999 elle protégera  l’église  de l’énorme avalanche descendue jusque dans le lit de l’Eau Noire, la rivière de fond de vallée.

Cette turne est impressionnante.

Actuellement la tourne d’origine de 1721 est à l’intérieur de la turne actuelle .Haute de 3m et large de 5m.

Les murs ont  été renforcés en 1863  par un mur supplémentaire de 3m de haut pour renforcer la turne d’origine.

Ce qui lui donne en côté ouest une hauteur de 5m au niveau de l’église.

La construction est  en pierres sèches, sans liant.

 Compte tenu de leur taille et de la précision de l’ouvrage, c’est un travail colossal ….On ne peut qu’être admiratif !

Elle jouera encore son rôle lors du déclenchement de l’avalanche de 1999.

photo OT Vallorcine

 

Bibliographie 

Germaine Lévi-Pinard : Vallorcine au 18ème siècle .

Françoise et Charles Gardelle : Vallorcine-

E v’lya : la revue n° 4 du musée vallorcin

Jean Yves Mariotte : Henri Baud – Alain Guerrier : Histoire des communes savoyardes.

 

Histoire et patrimoine de la Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

 

Lorsque la Montagne Maudite devient le Mont Blanc

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Pierre Martel – 1744 – « Veüe de la vallée de Chamonix et des glacières ». « Divers animaux qui habitent en montagne ». Gravure à l’eau forte – Collection privée

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Chamonix n’a jamais été  une vallée ignorée.

Depuis le tout début du Moyen Age elle voit passer du monde : des marchands, des prêtres, des collecteurs d’impôts, des diacres, des juges etc… De même, le chamoniard a l’habitude de circuler hors de sa vallée. Nombreux sont les documents relatifs à la vie  du ,En 1580, un archidiacre Bernard Combet décrit d’une manière précise les glaciers de la vallée.  Nicolas de Crans, commissaire de la chambre des comptes de Savoie, se rend à Chamonix  en 1601 puis en 1616 et évoque les glaciers et la destruction des villages de Bonnenay et Châtelard. En 1606, lors d’un voyage pastoral, l’évêque François de Sales évoque ces « monts affreux » qui l’impressionnent particulièrement. Puis viendront tout au long du 17ème  ses successeurs pour exorciser ces montagnes de glace. En 1626 accompagnant l’atlas  de Mercator, on trouve cette allusion au sommet des Alpes ,  « …la plus haute montagne du pays est la « glaciale » appelée maudite par les habitants à cause des neiges perpétuelles dont se forme le cristal ». De même en 1669 Chamonix est mentionné par René le Pays .

Copie de Mappe sarde centre Chamonix

Et finalement en 1730 sera cartographiée  avec précision toute la vallée de Chamonix, sur un cadastre instructif mais dont seront exclus montagnes et glaciers.

 

 

 Mais en juin 1741,  pour la première fois, deux voyageurs viennent pour contempler, pour observer cette montagne maudite que l’on voit de Genève. Messieurs William  Windham et Robert Pocoke, gentlemen anglais, sont les premiers visiteurs qui  désirent voir ces montagnes maudites. C’est  totalement nouveau. 

L’un d’eux, William Windham,  relate son voyage dans un récit manuscrit qui circulera dans la haute sphère bourgeoise de Suisse. Il évoque le Montenvers et ce glacier des Bois qui l’impressionne, il le compare à un lac gelé.  Il ne fait cependant aucune allusion au Mont Blanc.

L’année suivante, en 1742, Mr Pierre Guillaume  Martel (ingénieur – mathématicien savant), après un échange de courriers avec Mr  Windham, décide de se rendre en  ce lieu si étonnant. Ce sera au mois d’août. Il vient avec quelques amis, apportant avec lui baromètres et instruments de mesure. Il monte découvrir le Montenvert et  la  « vallée de glace ». Il mesure les hauteurs diverses des lieux où il se rend, il évoque avec minutie « les glacières et leurs fentes ».

Pour la première fois dans l’histoire des Alpes il donne  le nom de Mont Blanc à la sommité la plus élevée. Il comprend que cette pointe  « mousse « (mot pour dire arrondi) est le point culminant malgré les apparences.

La montagne maudite  est donc baptisée  « MONT BLANC  » en ce mois d’août 1742 ! Jusqu’à ce jour,  aucun sommet du massif n’avait été nommé. L’ensemble s’appelait « les glacières » ou « la montagne maudite ».

 

En 1743, la relation de ce voyage est  publiée dans le Journal Helvétique de Neufchâtel, puis l’année suivante en 1744 à Londres sous forme de livret  le texte  de Mr Widham et le récit de Pierre Martel sont édités dans une brochure intitulée « An account of the glacières or Ice in Savoy ».

vallee-de-chamonix-par-pierre-martelDans celle-ci  se trouvent deux planches, gravées à l’eau forte, représentant les glacières de Chamonix. C’est la première représentation  du Mont Blanc et du village de Chamonix !  Mont Blanc qui d’ailleurs apparaît plutôt comme une aiguille rocheuse !

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« View of ice valley, and moutains that surround it from Mont Anver « – Robert Price

De même sur ce document figure  un vue intitulée «  view of ice valley, and mountains  that surround it, from Mont Anver » . Elle est signée Robert Price, il  ne s’était pas rendu dans la vallée mais il  avait  réalisé ce dessin d’après les descriptions que lui avaient faites Mr William Windham.

 

 

 

 

Cette publication jouera un rôle déterminant pour Chamonix. Ce sera le début du tourisme dans la vallée .

 

Texte de William Windham et Pierre Martel à découvrir sur la BNF

 

 

 

Histoire et patrimoine Chamonix – Christine Boymond Lasserre

SOURCES : 

William Widham et Pierre Martel. Relatons de leurs deux voyages aux glaciers de Chamonix – 1879  – Editions Imprimerie de Ponnant Genève. BNF

Le Mont Blanc vu par les peintres de Jacques Perret et Loïc Lucas. Editions du Belvédère

Mont Blanc, conquête de l’imaginaire. Collection Paul Payot –  Editions La fontaine de Siloë.

Regards sur les Alpes. Jacques Perret. – Editions du Mont Blanc.

La première représentation picturale du massif du mont Blanc

 

 

konrad_witz_008Voici un tableau étonnant. Il date de 1444 et a été réalisé par le peintre souabe Conrad Witz. Commandé par l’évêque de Genève pour la cathédrale Saint Pierre,  il représente comme il se doit une scène religieuse. Celle-ci intitulée « la pêche miraculeuse » est peinte au bord du lac Léman.

Effectivement, la scène se passe sur la rade du lac. On y voit le Christ, les pêcheurs avec leur filet sur la barque et Saint  Pierre patron de la cathédrale de Genève nageant vers Jésus. On comprend évidemment toute la symbolique religieuse de ce tableau.

Mais ce qui est tout à fait exceptionnel pour l’époque c’est l’arrière-plan. Un  paysage topographique précis. Bien peu de tableaux,  en cette période de fin du gothique début Renaissance,  laissent une place aussi  importante aux sites naturels environnants.

Certes, au 15ème siècle,   de nombreux tableaux ont pour décor un paysage. Mais celui-ci n’est jamais  identifiable. Il est virtuel, imaginaire, il sert de décor, ou alimente une métaphore ou une symbolique comme dans certains tableaux de peintres flamands ou même de Léonard de Vinci.

Ici ce n’est pas le cas. Le décor  est exact,  conforme   à la réalité.

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On remarque très bien, sur la droite, la ville de Genève dont certaines maisons reposent sur des pilotis,  le château de l’Ile (de nos jours au centre de la ville). A l’arrière les murs d’enceinte et des petits personnages   brandissant le drapeau de la  maison de Savoie.

On admirera surtout les détails du paysage sur le fond de cette scène. On y voit distinctement le Môle au centre, le Salève à droite, les Voirons à gauche et tout au fond le Massif du Mont Blanc, le massif  Ruan – Buet – Tenneverge, et à droite celui des Bornes – Aravis.

C’est la première représentation connue de l’ensemble des ces montagnes.

 Il faudra attendre plus de trois  siècles avant que le Mont Blanc ne fasse son apparition dans la peinture.

 

Ce tableau a été restauré en 2013. Il fait partie d’un ensemble de 4  panneaux visibles au musée d’art et d’histoire de Genève. A voir absolument.

 

 

Histoire et patrimoine Chamonix – Christine Boymond Lasserre

 

Sources :

Musée Art et Histoire de Genève .

Ouvrage : le Mont Blanc vu par les peintres (Editions du Belvédère)

Auteurs : Jacques Perret et Loïc Lucas

 

 

 

Meilleurs voeux à tous mes abonnés

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Un patrimoine méconnu mais menacé : les anciennes mines de la vallée de Chamonix

Lors de  balades  il  nous arrive de découvrir des  apparences  de grottes  débouchant sur  des galeries. Elles sont nombreuses dans la vallée. Sous leur mystère,  elles  nous racontent  un passé un peu oublié.  Certaines de ces galeries sont d’anciennes mines, d’autres  sont simplement des  ouvertures exploratoires.

Quels minerais trouvait-on  donc dans  notre vallée?

De nombreux  types de  minerais ont été  exploités,  tels ceux

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Copyright Stéphane Briand

contenant  du cuivre, du plomb ou de l’argent. Ces métaux ne sont pas trouvés à l’état pur mais font souvent partie  d’un filon dit « polymétallique »,   c’est-à-dire qui  contenait plusieurs métaux dont l’extraction est très complexe.

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Servoz  hérite d’une histoire minière riche. Au 15ème  siècle,  un document atteste d’un contrat signé entre le prieur de Chamonix et un exploitant pour des mines d’or, d’argent, de plomb de cuivre et autre minéraux. Mais c’est avant tout au 18ème siècle que  l’on retrouve des contrats  souscrits  avec des maîtres mineurs. Peu de temps avant la période révolutionnaire, les chanoines signent  et accordent l’édification d’un complexe abritant la maison du directeur, les logements des ouvriers,  les dépôts de bois, etc…  Une importante société est créée…  Des directeurs sont nommés, on exploite dans toute la   zone de Pormenaz à Coupeau.  Mais la révolution sonnera le glas de cette exploitation.

Jamais Servoz ne retrouvera une activité minière très active.

Cependant des gisements un peu partout dans la vallée continueront d’être exploités durant encore une grande partie du 19ème siècle. Des techniques plus modernes pouvaient laisser espérer un travail  plus facile.  

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collection Amis Vieux Chamonix

Ainsi de 1873 à 1925  des mines d’anthracite ont été ouvertes ou 50 à 60 personnes travaillaient tirant de ces mines 2 wagons de 10 tonnes par jour ! Il y a eu  7 galeries.

 

 

N’oublions pas non plus les ardoisières très nombreuses dans toute la vallée.

 

 

Mais ce qui m’intéressait,  c’était de comprendre comment  travaillaient ces mineurs dans ces   galeries sombres.

Aussi ai-je demandé à Stéphane de m’emmener visiter une galerie, je ne vous dirai pas où, ces vestiges doivent rester confidentiels. Stéphane est un passionné, il explore depuis sa plus tendre enfance toutes ces mines… Je crois bien qu’il les connaît toutes …

C’est fascinant et passionnant de pénétrer dans ces boyaux,  car hormis le fait que l’on y trouve des minerais différents,  ces mines racontent  une histoire d’hommes.

15390910_10210349055975063_6115731676487205183_nÉtroites, creusées à la main  dans une roche particulièrement compacte, sur une bonne centaine de mètres,  elles  sont impressionnantes. Elles montent,  puis descendent, à la poursuite d’un filon repéré par les mineurs.  Certaines de ces mines sont encore étayées  de madriers de bois. Dans l’obscurité totale, les mineurs  déposaient leurs lampes à huile sur de petits rebords. Ils parvenaient ainsi à discerner les filons qu’ils recherchaient.  Ils devaient en extraire  le minerai intéressant,  c’est-à-dire creuser, tailler dans la roche dure,  extraire des blocs et ensuite les  transporter  (on imagine le poids !) à l’extérieur. De là,  ils étaient emmenés à l’exploitation pour qu’il soit  triés, concassés et réduits en poudre.

Dans les mines de Servoz l’ouvrier travaillait de 6 h du matin à 18h. Payés soit à la journée, soit au mètre d’avancement. Souvent les mineurs œuvraient  à deux et on déduisait de leur salaire  le prix des fournitures (poudre huile pour lampes etc).

Quel travail !

Aussi avons-nous un devoir de respecter et de protéger ces mines qui ont une valeur patrimoniale certaine. Elles sont le témoignage  du dur labeur de mineurs qui ont œuvré au cours des 18ème et 19ème siècles.

Malheureusement,   certaines sont aujourd’hui dégradées,  voire pillées. Beaucoup peuvent y pénétrer  impunément  et sont responsables des détériorations.

Quel intérêt y trouvent ces intrus? Ils n’y trouveront ni or, ni argent, ni cristaux…  Rien qui puisse les enrichir!

N’oublions pas que ces petits trésors sont protégés par la loi. Ces dégradations peuvent  relever  du code pénal…

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En savoir plus livret : 

Mines et ardoisières de Servoz de

l’Association Histoire et Traditions de Servoz

 

Deux très bon sites WEB

Site WEB géologiehttp://www.geologie-montblanc.fr

Site WEB minéralogie http://www.mineralogie-chamonix.orgineralogie-chamonix.org/

Merci à Stéphane Briand pour son aide.

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Histoire et patrimoine de la Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

 

 

 

 

Le moulin des artistes a disparu dans les flammes l

La scierie – moulin des Praz, appelé « le Moulin des artistes »,  a disparu dans les flammes au cours de la nuit du 9 au 10 décembre 2016.
moulin-des-artistes-brule-copieLe moulin existe depuis 1531 (voir carte des Archives départementales).

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Depuis toujours il était alimenté par une bédière issue du ruisseau du Paradis des Praz. Il n’est pas impossible que  ce moulin servit un temps de moulin à grains mais au 19ème l’aménagement des lieux pour l’activité de la scierie , celui ci  fut probablement transformé afin d’alimenter une forge indispensable pour le travail du bois.

 

 Dans ce lieu-dit « le Châble », à l‘entrée des Praz,  se trouvaient  aussi au 19ème siècle deux tanneries . Plusieurs familles  occupaient  cette courbe de l’Arve. Le tout sera emporté par une  avalanche meurtrière en 1847. Les chamoniards seront alors présents pour aider les familles touchées par ce drame.

Les tanneries disparaîtront,  mais la scierie  tenue par la famille Simond puis Vouillamoz conservera son activité jusque dans les années 1990. Philippe Vouillamoz donnera une nouvelle vie à l’atelier  en y travaillant  ses sculptures de bois et en proposant à d’autres artistes locaux d’exposer avec lui. Ces artistes faisaient revivre avec bonheur ce lieu de mémoire.

Après  la disparition de Philippe Vouillamoz , la scierie restera quelques temps fermée . Mais  rapidement elle retrouvera vie avec Andy Parkin, artiste peintre, sculpteur, amoureux fou de montagne et Peter Steltzner, fabricant de skis en bois très appréciés. L’atelier s’appelait  « Rabbit on the roof ».

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Sculpture cuivre Andy Parkin « Précaire » 1998

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Les skis fait main par Peter Steltzner

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C’était un lieu magique et chaleureux

Ils ont tout perdu, une page de notre histoire se tourne.
Mais ne perdons pas espoir…  Car depuis le 16ème siècle ce moulin a connu bien des vicissitudes et toujours il s’est redressé grâce à la communauté chamoniarde.

Soutenons les :
https://www.leetchi.com/c/solidarite-de-peter-et-anati-de-r…

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Histoire et patrimoine Chamonix

Christine Boymond Lasserre

Le monument aux morts de Chamonix

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Habitués que nous sommes à passer à ses pieds,

le regardons nous vraiment ?

8019_image_11 Il est là,  bien campé sur ses jambes. Il semble songeur, mélancolique. Peut-être pense-t-il à ses compagnons morts pour la France?

20150324180151-04b67ebf-laAppuyé sur sa jambe gauche, son fusil attaché au dos et un cache nez autour du cou, il  n’est pas belliqueux. Probablement sur  le chemin du retour, il  semble avoir froid  et parait  bien   fatigué.

Cette statue en bronze, haute de 2.50 m, s’élève à 4m20 du sol sur son socle. Elle représente  le poilu édifié ici en 1921 à la mémoire de tous les jeunes chamoniards morts durant cette guerre dévastatrice que fut  la première guerre mondiale.

La commune,  lors de la proposition faite en  1920  d’ériger un  monument aux morts, précise  aux architectes et sculpteurs de France participant au concours  qu’elle désire un monument qui s’inspire «… de la nature du site et du cadre qui entoure la vallée ».

Le sculpteur choisi, George Armand Vérez , et François Dupupet,  l’architecte, ont l’idée de faire appel à des graniteurs pour réaliser le socle sur lequel  se tient notre héros. Ce sera la famille Buzzolini de Combloux qui s’en chargera.

Ce socle, bloc erratique de granit trouvé au pied du couloir d’Orthaz,  pèse 40 tonnes et mesure 4.20 m de haut.  Son volume est  impressionnant. Ce rocher, il a fallu le travailler sur place, puis le transporter jusqu’à la place du Poilu! Ce labeur est l’une des grandes fiertés de cette famille Buzzolini et des ouvriers italiens travaillant le granit dans notre vallée.

Mais comment a-t-il été transporté ?

Une superbe photo nous montre le moyen utilisé à l’époque.

Sous le bloc ont été glissés  des rondins de bois posés  eux mêmes sur deux rails faits de troncs. Les rondins  étaient alors  déplacés de l’arrière vers l’avant pour assurer le  roulement du rocher qui avançait ainsi mètre par mètre!

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Quel travail ! Combien de temps a-t-il fallu pour le transporter 002_001d’Orthaz au centre ville ? Mais la tâche n’était pas achevée. Il a fallu  dresser le bloc et installer la statue de bronze en son sommet. Une autre photo nous montre un système sophistiqué de poutres, de palans et de poulies qui ont permis l’élévation cette masse de 40 tonnes.

Mais il est intéressant  de retourner sur l’emplacement d’origine du rocher.

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L’avez-vous regardé avec attention?

 

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Sur le côté on discerne avec  précision des marches taillées, jamais terminées. A quelle construction  étaient elles destinées ?

20161101_160259-copieA l’arrière on distingue encore des traces de la « pioda », pioda que l’on retrouve sur le bloc du monument aux morts. C’était une série de trous taillés à la broche. Dans ces petits orifices  le graniteur enfonçait  peu à peu des coins de fer afin de provoquer une petite fissure. Là il  insérait de la « poudre noire »,   explosif  qui permettait   de fracturer  la pierre. Ici le bloc a été tranché net. L’ouvrier  a fait un excellent travail !

A regarder  de plus près, on distingue très bien que ce bloc a été exploité  à plusieurs reprises. Pour fabriquer d’autres monuments ? Peut être.

Celui du monument aux morts est le dernier gros  bloc taillé dans la vallée.Aussi, devant ce monument, nous  nous trouvons en face de deux symboles  forts

Tout d’abord la mémoire d’une guerre dévastatrice qui aura endeuillé toutes les familles chamoniardes comme celles de toutes les communes de  France. Ne l’oublions pas.

Mais ce monument est aussi  le témoignage du travail d’ouvriers venus de l‘autre côté des montagnes, les graniteurs italiens, qui, quittant leur pays d’origine, sont venus travailler ici dans notre vallée. Ils ont, par ce dernier gros chantier,  laissé l’empreinte d’un peuple dur à la peine. Ils sont devenus pour la plupart chamoniards. Ils font partie de notre histoire locale.

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Inauguration du monument aux morts en 1921 collection Yves Borrel

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Histoire et patrimoine de la vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

 

 

 

Mont Oreb à Vallorcine . D’où nous vient ce nom biblique ?

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Le Mont Oreb au dessus du hameau du Couteray à Vallorcine

Mais d’où nous vient donc ce nom aux consonances bibliques ?

Le Mont Oreb domine le hameau du Couteray à Vallorcine et culmine à 2634m. C’est un lieu  privilégié  durant ces périodes d’automne en raison de l’ensoleillement exceptionnel de sa face sud ouest.

Une superbe randonnée sauvage nous emmène  au sommet. Ici c’est le domaine  des bouquetins et des marmottes, rarement dérangés car le lieu est peu fréquenté.

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Départ des voies d’escalade

De son pied partent des voies d’escalade aux noms  peu ordinaires. Selon les degrés de difficulté, vous pouvez grimper la voie de  « l’été indien », celle des  « diamants de sang » ou encore « la chasse aux trésors » ou « les chercheurs d’or ».

pierre-sculptee-2Dans les pentes herbeuses du sommet  on découvre  une pierre   gravée,   sur laquelle  on discerne un dessin précis où l’on  reconnaît les  « tables de la loi » **.

 Étrange, non ?

Cette inscription pourrait-elle être la raison du nom biblique du sommet ?

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Mont HOREB dans le désert du Sinaï.

Pour information,  dans la bible est cité  le Mont Horeb (mais avec un H), où Moïse aurait reçu les fameuses tables de la loi (voir ci-dessous). Celui ci se situe dans le Sinaï,  culminant  à 2285m. 

Mais ici à Vallorcine ? Y a-t-il une réelle origine biblique ?

Pourquoi donc ces inscriptions sur cette pierre perdue ?

De tous temps les Vallorcins  ont appelé ce sommet  l’Avouille Mousse ou encore la Tête Motze , c’est-à-dire l’Aiguille émoussée ou l’aiguille arrondie.

Alors ? Pourquoi le Mont Oreb ?

La  réponse nous vient de l’ouvrage écrit par Germaine Lévy Pinard  (« La vie quotidienne à Vallorcine ») où celle-ci précise que Mr Horace Bénédict de Saussure demanda à son guide, Pierre Bozon,  le nom de la  montagne qui dominait le hameau du Couteray.

croix-montets-avec-mont-oreb2-copie Il est évident que Mr de Saussure demandait le nom du sommet qu’il voyait. Mais au  18ème siècle, les sommets étaient rarement nommés, seuls les alpages  possédaient un nom.  Aussi  Pierre Bozon donna-t-il  à son client   le nom de l’alpage situé   à proximité. Celui-ci s’appelait « Lo rey » ou « Lo riez » .  Horace Bénédict de Saussure ne comprenant peut être pas avec précision ce que lui  dit son guide,  entendit « l’Oreb »… C’est ainsi que Mont Oreb  sera le nom donné par le naturaliste à cette montagne dominant le hameau.

 L’Avouille Mousse  prendra définitivement le nom biblique de Mont Oreb.

Mais pourquoi donc ces inscriptions sur une de ces pierres ?

 Il nous faut tout simplement remonter il y a une cinquantaine d’années  où un guide et un de ses amis , radiesthésiste et chercheur d’or,  découvrent ce lieu particulier et  isolé. 

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Celui ci  mystique et probablement inspiré par le lieu et par ce nom biblique, eut  l’idée de graver ces tables de la loi. Ignorant probablement l’origine exacte du nom de ce sommet, il fut certainement intrigué par cette appellation religieuse peu commune, d’où son envie de marquer à jamais sur une pierre le symbole du Mont Oreb afin d’intriguer les futurs alpinistes! Aidé de son guide, il réalisa son projet… Le secret fut bien gardé jusqu’à nos jours.

 Ces inscriptions figurent encore. A vous de les trouver !

 

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** (Les tables de la loi sont, dans la bible,  des tables en pierre sur lesquelles Dieu a gravé les dix commandements.… « Moïse retourna et descendit de la montagne, les deux tables du témoignage dans sa main; les tables étaient écrites des deux côtés, elles étaient écrites de l’un et de l’autre côté. Les tables étaient l’ouvrage de Dieu, et l’écriture était l’écriture de Dieu, gravée sur les tables. )

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Histoire et patrimoine de la Vallée de Chamonix

Christine Boymond Lasserre

La richesse patrimoniale de notre vallée en vidéo

De la route nationale à la rue Paccard

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Photos collection Auguste Couttet

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photos haut : carte postale collection Couttet

photo bas Christine Boymond Lasserre

 

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